Méthodologie

Démarche FOS en contexte algérien par Lamia Boukhannouche

Publié le

Lamia Boukhannouche, Université de Blida-Algérie

I Démarche FOS

I-1Définition
L’enseignement supérieur dans le contexte algérien particulièrement dans la plupart des filières scientifiques y compris les études vétérinaires est dispensé en français. Les étudiants faisant leurs études sont appelés à perfectionner leurs compétences linguistiques afin d’atteindre leurs objectifs universitaires. Ces derniers conduisent à mettre en œuvre des programmes d’enseignement spécifiques qui différent des programmes de l’enseignement généraliste.
Ainsi, faire des études universitaires notamment dans certaines filières scientifiques et techniques et dont la langue d´enseignement est le français, demande une vraie (s) compétence (s) langagière (s) permettant au public concerné de réussir la formation choisie. Il ne s´agit en aucun cas d´une compétence généraliste mais plutôt des compétences plus spécifiques qui n´ont pas été totalement développées dans le primaire, moyen ou secondaire. L´acquisition de ces compétences peuvent être aussi bien au niveau de l´oral (compréhension des discours oraux, cours magistraux…) qu´au niveau de l´écrit (rédaction des mémoires, examens…).
Notre recherche a pour but d´étudier de près la compétence scripturale en études vétérinaires, autrement dit de développer des compétences rédactionnelles chez les futurs vétérinaires non encore acquises mais qui ont toute leur importance dans la réussite des études universitaires. Ainsi, cela nous conduit à mettre en œuvre une démarche qui s´articule autour de trois paramètres: contexte universitaire, discipline scientifique en français (cas des études vétérinaires), acquisition des compétences rédactionnelles.

– Contexte universitaire
En Algérie, il existe différents types d’établissements : des centres universitaires, des écoles et instituts et des universités. Selon le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (MESRS), le réseau universitaire algérien compte 91 établissements d’enseignement supérieur répartis sur les 48 wilayas et couvrant tout le territoire national. Le réseau est constitué de 47 universités, 10 centres universitaires, 19 écoles nationales supérieures, 05 écoles normales supérieures, 10 écoles préparatoires et 02 classes préparatoires intégrées.

Quant à la langue d’enseignement et d’accès au savoir présente dans ces divers organismes, nous avons d’un côté la langue arabe utilisée pour les sciences humaines, juridiques, économiques et sociales et d’un autre la langue française qui s’occupe des autres disciplines scientifiques et techniques.
Notre recherche met l’accent sur le français utilisé comme langue d´enseignement dans les disciplines scientifiques ou techniques à l´université et notre choix est porté sur les études vétérinaires à l’université de Blida qui exigent une vraie maîtrise langagière de la part des étudiants qui s´orientent vers ce domaine de spécialité. L´étudiant est dans l´obligation de suivre en langue française tout ce qui lui est assigné à l´oral comme à l´écrit. Il aura besoin de lire des textes dans sa spécialité, c´est-à-dire des articles, revues, livres, encyclopédie, etc. L´étudiant sera appelé également à écouter des discours oraux pendant les cours magistraux assurés par le professeur, spécialiste du domaine et dans ce cas à déployer les bonnes stratégies d´écoute dans le but de comprendre, chose très importante durant tout son cursus universitaire.
Mais l´étudiant vétérinaire se trouve aussi dans l´obligation de présenter un certain nombre de travaux qui sont écrits. Il sera confronté à toute une panoplie d´écrits universitaires à savoir, les épreuves écrites, les exposés écrits, les rapports de stage, les mémoires de fins d´études, les synthèses rédigées à partir des expérimentations effectuées sur le terrain, etc. L’écrit reste souvent, le moyen le plus courant et important auquel les étudiants auront recours pour achever la formation qu´ils ont choisie.

– Discipline scientifique en français (cas des études vétérinaires)
L´Algérie est connue par l´arabisation de son système éducatif, l´enseignement du primaire jusqu´au secondaire est assuré en arabe qui est la langue nationale du pays, le français n´est enseigné uniquement comme matière à étudier. Cette matière à enseigner à la fin du cycle secondaire amène l’élève à être un usager autonome du français qui mettra au service des compétences demandées par la formation supérieure, professionnelle, les entreprises et les contraintes de la communication sociale. L’élève doit être doté d’une maîtrise linguistique suffisante qui lui facilite l’accès à une documentation diversifiée en langue française, l’utilisation du français dans des situations d’enseignement (cours magistral, travaux pratiques et dirigés, conférences etc.), en prenant une part active à 1′assimilation de 1′information scientifique (prise de note de manière organisée et réfléchie).
L’enseignement du français au secondaire a donc pour but d’aider l’élève à acquérir les moyens linguistiques et langagiers nécessaires à son expression personnelle et à développer chez lui une attitude d’ouverture aux différences linguistiques et culturelles. Les objectifs d’enseignement/apprentissage du français semblent très pertinents et ne manquent pas d’ambition, sauf que la réalité du terrain est tout autre.
Arrivé à l´université, l´arabisation comme les textes l´ont bien instaurée ne couvrent pas toutes les spécialités enseignées, c´est-à-dire l´arabe n´est plus la langue d´enseignement dans toutes les filières présentes dans le contexte universitaire algérien comme elle l’a été dans le cycle secondaire. Nous constatons que la plupart des filières scientifiques et techniques ont pour langue d´enseignement le français. C´est le cas des études vétérinaires, une discipline dont tous les cours sont dispensés en langue française.
Il ne faut pas perdre de vue que l’objectif de toute formation universitaire est d’amener l’apprenant d’un point A à un point B, en comblant ses lacunes entre le début et la fin du cursus. La mission consiste à organiser une formation destinée à permettre aux étudiants d’acquérir les compétences nécessaires pour pouvoir accomplir certaines tâches avec aisance.

Il en est de même pour les disciplines dont la langue d’enseignement est le français. Il s’agit d’une langue dont l’enseignant spécialiste recourt pour assurer ses cours magistraux, TD ou TP et dont les étudiants ont besoin pour comprendre et interagir avec leur enseignant, lire et comprendre des documents de leurs spécialités et rédigent des travaux écrits.
Cela signifie que le français dans l´enseignement supérieur algérien occupe une place particulière notamment dans les domaines scientifiques où il devient une langue dont dépend la réussite de la formation universitaire. Mais les étudiants arrivants qui se voient dispenser leurs cours en français et qui prennent conscience que la maîtrise de la langue française considérée comme un élément incontournable pour l’optimisation de l’enseignement-apprentissage de la spécialité les confronte à un réel problème risquant même de perdurer. Ces derniers sont conscients qu’ils ne possèdent pas assez d’outils en français pour appréhender la pensée que tentent de leur communiquer les formateurs d’où l’urgence de revoir les objectifs attribués à l’enseignement/apprentissage du français et de faire acquérir des compétences nécessaires à leur réussite universitaire.

– Acquisition des compétences rédactionnelles
La rédaction universitaire relie généralement un étudiant à un professeur. Evidemment, ils sont en interaction et l´étudiant-rédacteur est conscient de l´enjeu de la rédaction écrite exigée par le professeur. L´étudiant est appelé à acquérir des compétences rédactionnelles afin de démontrer qu´il possède un savoir et qu´il peut en faire un état quelle que soit la forme de la question posée. Il est amené à rendre compte d´un livre, de son contenu, des idées qu´il suggère. Plus tard, il se chargera de recherches bibliographiques pour aboutir enfin à la rédaction d´un mémoire de fin d´études.
Il faudrait aussi préciser que l’étudiant a des besoins scripturaux dans son contexte universitaire qui seront évidemment différents dans son contexte professionnel. En effet, un vétérinaire par exemple écrit beaucoup moins dans son milieu professionnel qu’un étudiant dans son contexte académique qui fait plus appel aux compétences langagières.

En conclusion, la définition de ces trois paramètres constitue l´assise de l´élaboration d´un programme FOS. Dans ce genre d’approche, le concepteur sera confronté à un domaine de spécialité dans lequel il sera appelé à cerner les situations de communication, les types de discours oraux ou écrits dans notre cas, qui circulent en études vétérinaires et qu´on demande aux étudiants de produire. La découverte du champ communicationnel écrit dans lequel vont se trouver les étudiants aidera à déterminer les types d´écrits exigés par l´institution et produits par ses acteurs (étudiants).

Il s’agit d’une démarche spécifique qu’on appelle FOS qui s´intéresse à développer des compétences identifiées dont un public a besoin à l´aide de ces programmes qui sont aussi spécifiques. L’élaboration des programmes doit être adaptée à chaque demande et suppose de la part du concepteur une construction particulière. Par ailleurs, la construction d’un programme en études vétérinaires incite à se familiariser avec la spécialité en question qui nécessite d’entrer en contact avec tous ses acteurs. La conception du programme se fait donc en s’appuyant sur les données fournies par le terrain.

Concrètement, cette démarche conduit l’enseignant-concepteur à s´interroger d’abord sur l´existence d´une formation linguistique en français intégrée dans le cursus d´études vétérinaires. Cela est loin d´être une hypothèse dans la mesure où en études vétérinaires, le français est la langue d’enseignement et les futurs vétérinaires sont appelés à maîtriser les cours qui leur sont donnés afin de réussir dans la formation choisie. Sur le plan institutionnel, nous confirmons que l’offre d’une formation linguistique est bien présente, cependant, il s’agit d’une offre qui ne couvre pas forcément les réels besoins des étudiants. C’est une formation globale qui favorise l’apprentissage d’un français général et dont les étudiants n’ont pas vraiment besoin.

Ce constat conduira le concepteur à définir plus précisément cette actuelle formation linguistique et qui l´aidera au bout du compte à mettre en œuvre un programme spécialisé répondant à ce que les futurs vétérinaires ont réellement besoin et assurant leur réussite universitaire. Après cet état des lieux, le concepteur pourra entamer sa deuxième étape qu´on appellera le recueil des données qui se manifestera par le recensement des écrits produits par les étudiants inscrits en études vétérinaires. Donc, les principales données écrites connues en études vétérinaires sont décrites comme suit:

– Les épreuves écrites: il s´agit des sujets portant sur des points théoriques/ parfois des sujets de réflexion
– Les comptes rendus des cours théoriques
-Les rapports de stage: ils se font généralement en fin de cursus au cours de nombreuses expérimentations.
– Les mémoires de fin d´études: nous avons deux types de mémoires, un mémoire bibliographique où les étudiants seront amenés à faire la synthèse ou l´inventaire des ouvrages théoriques lus et un mémoire expérimental qui conduit les futurs vétérinaires à mener des expériences sur le terrain qu´ils analysent par la suite pour aboutir aux résultats voulus.

Les écrits que nous venons de citer sont exigés par l´institution et qui sont présents évidemment au cours de tout le cursus universitaire en études vétérinaires. Mais se contenter de les citer d´une manière brute n´aide en aucun cas le concepteur à mettre en œuvre son programme en FOS. Il convient d’envisager une étude plus minutieuse sur la façon dont sont faits ces écrits et dont ils doivent être faits. Ainsi, une enquête sur le terrain est ouverte auprès des étudiants et enseignants spécialistes du domaine d´études vétérinaires à partir de laquelle, nous saurons mieux ce qu´attendent réellement les enseignants de leurs futurs vétérinaires au niveau des écrits demandés.
La collecte de ces données écrites ne doit en aucun se produire d´une manière anarchique. Le concepteur est tenu à suivre une certaine progression dans le rassemblement des écrits, c´est-à-dire que ces derniers doivent être conformes aux documents fournis pendant les cours des futurs vétérinaires, sur le plan de la longueur, du format, de la richesse et la complexité des contenus, etc. Recueillir des documents propres aux études vétérinaires mais qui n´existent pas réellement dans les cours des étudiants n´intéressent pas pour autant le concepteur dans l´élaboration de son programme FOS.

Le travail de recueil des données est suivi généralement par une troisième étape qui est le traitement des données. En effet, l´enseignant-concepteur mènera un travail de découverte sur le fonctionnement des écrits qu´il a recueillis. Il tentera de comprendre la constitution réelle des écrits produits par les étudiants vétérinaires en s´interrogeant sur leur construction discursive, syntaxique, morphologique, lexicale, etc. L´analyse portera sur les entretiens et enquêtes effectués sur le terrain ainsi que sur les rédactions produites par les étudiants durant leur formation en études vétérinaires. Le concepteur s´appuiera sur cette analyse pour mettre en œuvre son programme FOS qui recouvrera en principe les réels besoin de son public dans le domaine de spécialité choisi.

Après l´analyse des données, vient l´analyse des besoins des étudiants inscrits toujours en études vétérinaires. La description des productions écrites recueillies conduit l´enseignant-concepteur à rendre compte d´une manière concrète ce dont a réellement besoin le public ciblé et à réussir l´élaboration de ces activités d´enseignement – apprentissage en FOS (français sur objectifs spécifiques).

Ce que nous venons d´expliquer dans ces dernières lignes est la démarche que nous tenons à adapter pour pouvoir monter un programme en FOS. Les étapes sont présentées d´une manière très synthétiques mais qui seront développées davantage dans la suite de ce chapitre. Par ailleurs, cette démarche a été établie à partir d´un modèle FOS proposé par J.M Mangiante et C Parpette (2004). Nous avons longuement travaillé sur ce modèle qui nous a servi comme point de départ dans la réalisation de notre recherche.

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Perspectives actionnelles. Christian Puren

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